Pourquoi pleure-t-on au cinéma ? (3)
6 août 2005
Cet article fait suite à Pourquoi pleure-t-on au cinéma ? et Pourquoi pleure-t-on au cinéma ? (2). Il est moins intéressant car la conférence s'est éloignée de son fil directeur et l'auteur n'a pas eu le temps de développer toutes ces idées. La prise de notes s'en ressent.
4) Émotion et vertu
La solution de la compétence fictionnelle montre qu'il n'y a rien d'irrationnel dans l'émotion ressentie à l'égard d'une situation fictionnelle, mais elle n'explique pas pourquoi nous ressentons une émotion. En couplant les vertus à la compétence fictionnelle, nous pouvons peut être ébaucher cette explication.
La vertu en tant qu'émotion adéquate. Les vertu morales manifestent ce qu'il y a de meilleur dans notre nature : les dispositions acquises à agir reposent sur des dispositions naturelles. Distinction tirée de Thomas entre
- les vertus morales (celles qui sont indispensables à l'action droite = agir et façon d'agir) et
- les vertus intellectuelles (excellence dans un domaine théorique = croire et façon de croire).
La compétence fictionnelle est au moins autant morale qu'intellectuelle. Comprendre la situation fictionnelle revient à :
- posséder une compétence sémiologique
- ressentir ce qu'il convient
1) et 2) fonctionne ensemble.
Cette compétence prend place dans le développement général de notre compréhension comme meilleure réalisation de notre nature (vertus intellectuelles en général).
Une des vertus intellectuelles qui est aussi pratique est la prudence, grâce à laquelle nous parvenons à appréhender les premiers principes moraux.
La compréhension des fictions n'engage pas seulement une meilleure réalisation de notre disposition à comprendre (vertu intellectuelle), mais permet l'entraînement de notre raisonnement moral.
La compétence fictionnelle peut avoir une vertu morale, c'est-à-dire qu'à travers la fiction, nous sommes entraînés, nous sommes conduit à appréhender des principes moraux et à les clarifier.
5) Fiction et morale
La perception morale (et l'émotion est une forme de perception) :
- savoir que
- savoir comment
- savoir ce que cela fait
- savoir quoi
Les émotions ont un aspect évaluatif, elles nous apprennent les valeurs morales. L'exemple de Boucle d'or et les Trois Ours : ce que cela fait qu'on nous vole nos affaires (quelqu'un a mangé dans mon bol !
). Voir aussi Ronald de Sousa et les scénarios paradigmatiques, dans lesquels nous apprenons les réponses appropriées.
6) Conclusion (provisoire et faute de mieux)
Les larmes sont une réponse qui peut être appropriée à une situation dont la teneur affective est comprise moins en terme de savoir que que de savoir ce que cela fait.
Valeur propédeutique du point de vue moral de la fiction. Attention à la contrepartie platonnicienne : la fiction peut actualiser des vices également.
L'apprentissage esthétique doit conduire à s'interroger sur la valeur éthique des réponses apportées à telles ou telles oeuvres. Et si la réponse est inappropriée, nous pourrions jusqu'à parler de défaut esthétique !

Commentaires
Votre conférencier a complètement escamoté le rapport à l'image ! Puisqu'il est question de pleurer "au" cinéma, s'agirait de faire la différence avec la lecture d'un roman, par exemple....
S'agirait d'abord d'appliquer ce que Claude Panaccio a appelé la Maxime de Skinner dans Philosophie analytique et histoire de la philosophie (fichier PDF) :
et ne pas confondre les notes incomplètes d'un auditeur de la conférence avec la conférence elle-même.
Faudrait ensuite expliquer pourquoi la distinction des objets fictionnels, qu'ils se présentent sous une forme cinématographique ou sous une forme littéraire, nous permettrait d'avancer dans l'examen du paradoxe qui nous occupe ici : comment peut-on être ému par quelque chose qui n'existe pas ?