Varia

Nous ne devenons pas sains en apprenant à connaître les choses qui produisent la santé, mais bien en appliquant celles-ci à nos corps. De même, nous ne devenons pas riches en connaissant la richesse, mais bien en acquérant une grande fortune. Et ce qui est le plus important de tout : nous ne menons pas une vie bonne en connaissant certains êtres, mais en agissant bien.

Aristote

Éthique du Care

1 mars 2010

Une bonne introduction à l’éthique du care :

« L’enjeu, par-delà les débats féministes et politiques ou peut-être à leur pointe, est le rapport entre général et particulier. Le care propose de ramener l’éthique au niveau du « sol raboteux de l’ordinaire » (Wittgenstein), de la vie quotidienne. Il est réponse pratique à des besoins spécifiques qui sont toujours ceux d’autres singuliers (qu’ils soient proches ou non), travail accompli tout autant dans la sphère privée que dans le public, engagement à ne pas traiter quiconque comme partie négligeable, sensibilité aux détails qui importent dans les situations vécues. Quelle est la pertinence, l’importance du particulier, de la sensibilité individuelle ? Qu’est-ce que le singulier peut revendiquer ? C’est en redonnant sa voix (différente) au sensible individuel, à l’intime, que l’on peut assurer l’entretien (conversation/conservation) d’un monde humain. Le sujet du care est un sujet sensible en tant qu’il est affecté, pris dans un contexte de relations, dans une forme de vie – qu’il est attentif, attentionné, que certaines choses, situations, moments ou personnes comptent pour lui. Le centre de gravité de l’éthique est déplacé, du « juste » à l’ « important ».»

Le care : enjeux politiques d’une éthique féministe

Une lettre inédite de Descartes retrouvée

26 février 2010

« Extrait d'une lettre inédite de DescartesThe philosopher wrote the letter on May 27, 1641 at Endegeest castle, close to Leiden, the Netherlands. It is part of an intensive exchange between Descartes and his friend Marin Mersenne concerning the publication of Descartes’ Meditations on Metaphysics, which, together with a series of Objections and Replies by other philosophers and theologians, would be published in Paris later that year, August 1641.

The letter provides insight into the manner in which that work was printed and sheds light on certain key elements of Descartes’ philosophy. It also shows that in their original form the Meditations were organized differently. The letter consists of four pages of fine laid paper densely written in iron gall ink. The signature and the handwriting are unmistakably those of Descartes. »

“Missing” Descartes Letter Discovered in Haverford Archives, Will Be Returned To French Owner

(via Leiter Reports)

Vérifiez votre santé mentale

Le Philosophical Health Check Analysis est l’un des nombreux tests proposés par The Philosophers’ Magazine Online. Il permet de mesurer la cohérence de vos croyances, c’est-à-dire la compatibilité de vos croyances entre elles à partir d’un jeu de questions (en laissant de côté la véracité ou la fausseté de ces croyances).

À ce petit jeu, j’obtiens un quotient d’incompatibilité de 20%. Petit tour des questions et des réponses.

Où se situe le moi ?

Je crois que :

  • des dommages cérébraux sévères peuvent causer l’altération de la conscience et la perte de l’identité d’une personne

et je crois que

  • Après son décès, une personne continue d’exister sous une forme non-physique

On voit bien le problème : d’un côté je crois que la conscience est liée, d’une façon ou d’une autre, à l’activité cérébrale ; de l’autre, je crois que cette même conscience est, en quelque sorte, indépendante d’un corps (elle n’est pas causée par une activité cérébrale).

(pour ce jeu, je ne fais aucune distinction entre les termes de conscience, moi, âme, esprit).

Comment jugeons-nous de l’art ?

Je crois que

  • les jugements esthétiques sont affaires de goûts

et je crois que

  • Michel-Ange est l’un des plus grands artistes de l’histoire

Là encore si les jugements esthétiques sont affaire de goûts, alors rien ne m’empêche de dire qu’Étienne de Crécy est l’un des plus grands artistes de l’histoire. Cette affirmation semble pourtant largement exagérée.

Sur la question des jugements esthétiques voir par exemple ce billet sur Philotropes (en passant : Wake Up Philotropes!).

Qu’est-ce qui devrait être légal ?

Je crois que

  • le gouvernement ne doit pas permettre la vente de médicaments qui n’ont pas été testé pour leur efficacité et leur sûreté

et je crois que

  • les médecines alternatives ont autant de valeur que la médecine contemporaine

Là, j’ai sans doute répondu trop vite, en pensant d’un côté à ce qui est devenu le scandale des vaccins contre la grippe A et, de l’autre côté, à l’effet placebo.

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31 janvier 2010


Pixies, Where Is My Mind

Du droit des animaux

30 janvier 2010

Utilitarisme un nouveau carnet à propos de philosophie morale :

« Qu’est-ce qu’un droit ? À quoi sert-il d’avoir un droit ?

Tant que nos amis écologistes n’auront pas répondu à ces questions simples, ils pourront continuer à débiter leurs fadaises sur les droits des écureuils, des lapins, des limaces, des pommes de pin ou que sais-je encore.

Rappelons donc à toute fin utile qu’un droit est une liberté accordée par une société disposant d’institutions politiques plus ou moins formelles à tout membre de cette société à condition que l’exercice dudit droit ne nuise pas à un autre membre de ladite société. Le but du droit est la commodité commune car il appert que l’on vit plus commodément en commun, dans la société, que seul dans la nature.

De même c’est par un abus de langage que l’on parle de « droit des animaux » car il s’agit en fait de droits accordés aux seuls hommes de vivre dans un environnement agréable et récréatif et dont le caractère plaisant est intimement lié à la variété des paysages, de la flore et de la faune qu’on y rencontre. Pour être volontairement provocateur, je dirai simplement que les soi-disant « droits des animaux et des plantes » ne sont en fait que le droit du randonneur à effectuer une belle randonnée « dans une nature préservée». »

L’écologie profonde, un anti-humanisme radical

Cela peut-il s’appliquer aux générations futures ?

En contrepoint et parce que jamais signalé encore ici, les Cahiers antispécistes sont disponibles en ligne.

« Une autre notion fondamentale de cette tradition se trouve au coeur de l’attaque de Tom Regan contre l’anthropocentrisme : le concept de droits. À la différence de Singer, qui approfondit une perspective déjà présente dans l’utilitarisme, Regan doit défier le cadre même au sein duquel il travaille, étant donné que la théorie des droits a été depuis sa naissance même marquée par l‘« humanisme ».

Ce défi s’articule en deux phases. Dans la première, qui pourrait être définie comme phase « hypothétique », Regan soutient que si tous les humains ont des droits, alors certains animaux aussi ont des droits. La seconde, qu’on pourrait qualifier de version « catégorique », pose le fondement des droits humains et animaux (des droits animaux, au sens large). Au centre de ces deux phases se trouve l’idée de l’incohérence d’une position qui attribue des droits moraux (interprétés, dans le sillage de Feinberg, comme prétentions valides à quelque chose et à l’encontre de quelqu’un) à tous les humains sans les attribuer aussi à certains animaux.

Cette incohérence se cristallise en particulier autour d’une situation-test : celle de ceux que l’on appelle « humains marginaux », c’est-à-dire de ceux qui, en raison par exemple de lésions cérébrales graves, ne possèdent pas les caractéristiques paradigmatiques de notre espèce. Dans la première phase, soulignant que pour éviter l’incohérence la moralité courante recourt à l’arbitraire basé sur la préférence d’espèce, Regan demande, sur la base du principe formel de justice, que soient attribués des droits moraux aussi à certains animaux. L’argument des cas marginaux se rencontre aussi chez d’autres auteurs (nous l’avons déjà vu chez Singer) : mais dans l’approche de Regan, il assume un rôle clef, un rôle si important qu’il détermine la transition à la seconde phase. »

Combien les animaux comptent-ils ?

J. D. Salinger

29 janvier 2010

« Je faisais pas attention. Je pensais à quelque chose. Quelque chose de dingue. J’ai dit « Tu sais ce que je voudrais être ? Tu sais ce que je voudrais être si on me laissait choisir, bordel ? »
- Quoi ? Dis pas de grots mots.
- Tu connais la chanson “Si un cœur attrape un cœur qui vient à travers les seigles” ? Je voudrais…
- C’est “Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles”. C’est un poème de Robert Burns.
- Je le sais bien que c’est un poème de Robert Burns. » Remarquez, elle avait raison, c’est “Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles”. Depuis, j’ai vérifié.

Là j’ai dit : « Je croyais que c’était “Si un cœur attrape un cœur”. Bon. Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes - rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais juste l’attrape-cœurs et tout. D’accord, c’est dingue, mais c’est vraiment ce que je voudrais être. Seulement ça. D’accord, c’est dingue. » »

Salinger est mort.

Brentano, un philosophe méconnu

16 janvier 2010

La réédition de la Psychologie du point de vue empirique de Brentano signe-t-elle le renouveau des études brentaniennes en France ? Voilà une recension qui nous donne l’occasion de relire Exactitude et bavardage (fichier PDF) de Kevin Mulligan.

Psychologie du point de vue empirique« Parmi le groupe des “Autrichiens adoptifs volontaires” dont j’ai dessiné les contours, et qui est très majoritairement d’obédience analytique, c’est sans doute sous la plume et dans la langue acérées de Mulligan, dans le registre de la polémique froide, que se sont trouvées le mieux exposées les raisons de la restauration contemporaine de l’ascendant de Brentano. Mulligan et ses compères voient dans le style intellectuel de Brentano les motifs de ce que doit être une philosophie saine, et le remède à la décadence (et au décadentisme) qui affecte à leurs yeux une bonne partie de la philosophie continentale et américaine contemporaine : haine du Geschwätz, du bavardage et de la fioriture, culte de la définition claire, de la rigueur argumentative, de la Gerechtichkeit noétique, pratique systématique de la description, avant que Wittgenstein ne renforce cet exigence en philosophie, recours à une méthode inductive conforme à celle des sciences de la nature, parcimonie formelle et goût pour les “méthodes de pensée abrégées” (c’est une expression et un jugement d’Ehrenfels). Le combat frontal que mena Brentano dans sa jeunesse contre l’hégémonie schellingienne, le courage intellectuel et moral avec lequel il résista au dogme moderne de l’infaillibilité papale, pour des raisons internes à la dogmatique catholique, au risque de la rupture avec sa famille, avec sa mère, et surtout avec son cousin et disciple Georg vont Hertling, prêtre comme lui, et qui finit par devenir Chancelier du Reich, le courage moral et l’honnêteté qu’il montra au cours d’une crise religieuse ensuite marquée par l’abandon du sacerdoce, et dont il s’efforça de protéger son disciple Anton Marty qui s’était engagé comme lui dans le difficile exercice conjoint du sacerdoce catholique et de la philosophie, par le choix du mariage, avec une juive de surcroît, qui greva irrémédiablement et scandaleusement sa carrière (un épisode qui fait anecdotiquement tomber le masque, abusivement enluminé de nos jours, du libéralisme intellectuel de l’Empire des Habsbourg) et qui s’acheva en 1879 par la rupture formelle avec le catholicisme, la cécité qui le contraignit à la dictée au tournant de siècle, complètent le tableau et ont largement donné matière à redorer ou à dorer la légende de Brentano. »

Brentano, “superprofessionel de la philosophie”

Bloavezh Mat 2010 !

1 janvier 2010

Blick auf Arkona mit aufgehendem Mond und Netzen

Je vous souhaite à tous et à vos familles une bonne année 2010 !

10 problèmes de philosophie pour le XXIe siècle

31 décembre 2009

Philosophytalk a établi une liste de 10 défis pour la philosophie au XXIe siècle :

  1. le problème de la justice globale : par exemple, peut-on préserver l’environnement tout en permettant l’élévation du niveau de vie des pays les plus pauvres ?
  2. les être humains et l’environnement : quelles relations devons-nous entrenir avec la nature ?
  3. qu’est-ce qu’une personne ? (le problème du clonage par exemple)
  4. les nouveaux modèles de décisions collectives et de rationnalité collective
  5. la propriété intellectuelle à l’âge de la culture du détournement (remix)
  6. l’information et la désinformation à l’âge de l’information
  7. la liberté peut-elle survivre face à l’assaut de la science ?
  8. le problème du corps et de l’esprit : exemple : les progrès des neuroscience vont-ils dissoudre le vieux mystère de l’esprit ?
  9. trouver de nouvelles fondations pour l’identification sociale (exemple : la relocalisation)
  10. construire de nouvelles fondations pour une sensibilité et des valeurs communes : comment vivre ensemble dans un monde si économiquement interconnecté ? Quelles valeurs sommes-nous prêts à partager ?

Varia - Bilan 2009

30 décembre 2009

Varia n’aura jamais aussi bien porté son nom cette année - éprouvante. La fréquentation s’en est ressentie avec 409388 pages vues pour 33039 visiteurs. Voici la liste des 10 billets les plus consultés cette années

  1. Le plus grand philosophe du XXe siècle
  2. Les livres en ligne des Éditions Agone
  3. Le programme de l’agrégation de philosophie en 2010
  4. On ne naît pas femme mais on ne naît pas mâle non plus
  5. Merde à l’écologie
  6. Par les soirs bleus d’été
  7. La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire
  8. Élévation du niveau de la mer
  9. Gerald A. Cohen (1941-2009)
  10. Derek Parfit et le paradoxe des générations futures

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Un peu de mer

Varia : s. m. se dit de choses diverses.

Varia est le carnet web personnel de Mickaël Simon. Il rassemble une collection de liens, de citations, d'images ou de vidéos ayant un rapport avec la philosophie, le logiciel libre et l'écologie politique.

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