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Philosophie

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11 juillet 2011

Le commerce des idées

…où comment le web a changé nos vies :

Sur Internet, comme tous ceux qui s’intéressent à la philosophie contemporaine, étudiants, enseignants, ou qui travaillent en philosophie analytique, je navigue sur l’excellent site de David Chalmers et David Bourget, Philpapers là où l’on trouve des milliers de contenus en métaphysique, épistémologie, éthique, etc. Et lorsque je veux en savoir plus long sur la logique dans la philosophie indienne classique, je me rends sur la Stanford Encyclopedia of Philosophy. Ce ne sont là que deux exemples d’une effervescence philosophique qui se fiche bien de l’endroit d’où l’on vient. Mais si je le souhaite, je peux lire aussi des textes en français, des livres de chez Ithaque ou des articles de la nouvelle revue Igitur. Et ce ne sont là encore que deux exemples des avancées vraiment intéressantes du courant analytique en France.

La métaphysique au Collège de France (effet collatéral)

28 juin 2011

La poussée nationaliste en philosophie

Karl Kraus disait déjà « ne pas avoir d’idées et savoir les exprimer : c’est ce qui fait le journaliste. »

« Il y a des formes de nationalisme philosophique que je ne peux considérer autrement que comme puériles et déshonorantes, en particulier celle dont la rue d’Ulm semble être devenue depuis quelque temps la représentante par excellence dans sa façon de militer pour le retour à la seule philosophie digne de ce nom - autrement dit, la philosophie française, et plus précisément la « French Theory ». Verra-t-on un jour arriver enfin une époque où on trouvera normal, pour ceux qui estiment avoir des raisons de le faire, de pouvoir critiquer certaines des gloires de la philosophie française contemporaine, comme Derrida, Deleuze, Foucault et d’autres, sans risquer d’être soupçonné immédiatement d’appartenir à une sorte de « parti de l’étranger » en philosophie ? Si la philosophie, au moins quand il s’agit de penseurs de cette sorte, est en train de se transformer en une sorte de religion dont les dogmes et les ministres sont à peu près intouchables, je préfère renoncer tout simplement, pour ma part, à la qualité de philosophe. Et s’il y a une régression qui est en train de s’effectuer, je crains malheureusement que ce ne soit pas dans le sens qui est suggéré par les gens que vous avez interrogés, mais plutôt dans l’autre 4. J’ai, en effet, bien peur que ce ne soient d’abord ceux qui, comme moi, depuis le milieu des années 1960 ont essayé, dans des conditions particulièrement défavorables, d’ouvrir la philosophie française sur l’étranger et de l’internationaliser un peu plus, qui ont des raisons de s’inquiéter. Mais c’est, me semble-t-il, plutôt de leur côté que de celui des défenseurs de la philosophie essentiellement et même parfois uniquement « française » que devrait se situer un journal ayant des ambitions intellectuelles comme le vôtre. »

Jacques Bouveresse, Poussée de nationalisme philosophique à la rue d’Ulm

(via @NicholasPain)

16 janvier 2011

Enseignement anticipé de la philosophie

Une bonne nouvelle :

« L’enseignement de l’Éducation civique, juridique et sociale (ECJS) des classes de seconde et première sera notamment ouvert aux professeurs de philosophie, qui pourront ainsi aborder les notions au programme sous un angle spécifiquement philosophique. Une expérimentation d’un enseignement anticipé de la philosophie sera également lancée au niveau national. Fondée sur l’initiative des équipes pédagogiques et dans le cadre de l’autonomie renforcée des établissements, cette expérimentation pourra se décliner sous différentes formes : les professeurs de philosophie pourront, par exemple, participer à l’accompagnement personnalisé ou aux enseignements d’exploration proposés en classe de seconde, ou encore intervenir de manière ciblée au sein des cours d’autres disciplines pour en éclairer la portée philosophique. »

Enseignement anticipé de la philosophie

qui ne fait pas plaisir à tous le monde :

« La philosophie est une sorte de raté de la pensée, une manière d’aberration intellectuelle. Là où science et religion ouvrent à la pensée des horizons infinis, la philosophie est une impasse évolutive de la pensée arrêtée par le mur de l’impensable. Ce n’est pas qu’elle se satisfasse de ce désastre ni qu’elle l’ait voulu ou qu’elle le revendique. C’est juste qu’elle ne peut pas faire autrement que d’y penser comme à son propre problème incontournable, qui met en doute son existence même. Voilà la philosophie : la pensée saisie d’un doute indépassable et inoubliable non pas sur tel objet, tel sujet, telle question ou tel thème, mais sur sa propre existence !»

Philosopher en seconde ?

D’autre dégonfle les métaphores boursouflées :

« Qu’attend-on en effet de l’enseignement de la philosophie ? Non pas qu’il véhicule une définition préalable de la philosophie, quand bien même d’ailleurs elle trouverait une attestation de légitimité réelle chez tel ou tel grand philosophe. A défaut, un consensus assez large peut être réalisé sur les objectifs de cet enseignement : amener chaque élève à l’exercice réfléchi du jugement, et lui permettre d’acquérir une culture philosophique initiale.

Les moyens en sont de maîtriser des concepts éprouvés dans l’analyse de notions communes fondamentales (vérité, liberté, justice, etc.), de formuler un problème impliqué dans l’application de ces notions, de mener la discussion ordonnée des problèmes en reconnaissant les présupposés et les conséquences de leurs solutions possibles, le tout en s’instruisant, au travers d’ oeuvre s ou de textes des grands philosophes, de la façon dont une telle pensée a pu être portée à son plus haut degré de responsabilité.

Les exigences associées à ce travail ne relèvent pas d’une capacité intellectuelle hors de portée d’un élève de 2de, pourvu qu’il soit convenablement accueilli par un choix judicieux des thèmes à étudier et des exercices qui les accompagnent. »

Vive la philo en 2nde !

25 octobre 2010

La vieillesse est un naufrage

Une vidéo d’une violence inouïe : on y parle de vieillard.

« Simone de Beauvoir disait plusieurs choses essentielles dans ce livre :

  1. que le vieillissement des classes pauvres est un phénomène extrêmement récent, qu’il date du XXe siècle, et qu’il est dû pour une grande part, outre les progrès de l’hygiène et de la médecine, à l’amélioration des conditions d’existence acquise grâce aux luttes sociales ;
  2. que le vieillissement est extrêmement inégalitaire et reflète les différences de condition économique dans lesquels les individus ont vécu toute leur vie, et dans lesquelles ils vivent après 65 ans ;
  3. que les intellectuels sont les plus privilégiés des vieillards, dans la mesure où d’une part, leur condition socio-économique est bonne (il faudrait ajouter pour actualiser ce discours : lorsqu’elle est bonne, eu égard à leur prolétarisation actuelle en salariés plus ou moins précaires), et d’autre part parce que leur travail, mobilisant leurs facultés mentales, retarde la sénilité ;
  4. qu’ « une société qui réduit les gens à la fin de leur vie à un sort misérable à la fois économiquement psychologiquement et sous tous les angles, a quelque chose en elle de pourri […] Cette situation [celle d’avant la retraite à 60 ans à taux plein qui fut, rappelons-le, un acquis de 1981] n’est pas seulement l’effet d’une politique de la vieillesse mais de toute la vie humaine, parce qu’on traite les gens comme étant des instruments, des machines et non pas des hommes […] si bien qu’il ne suffit pas d’une bonne hygiène une fois qu’ils sont vieux pour pouvoir garder une santé, ils sont déjà ruinés, usés. » »

Au secours, Sartre, ils sont devenus fous: réponse à Robert Redeker

29 septembre 2010

L'avenir de l'enseignement de la philosophie

« La forme actuelle des sujets de dissertation — cette forme a beaucoup évolué depuis que le baccalauréat existe — est officiellement celle d’une « question directe, explicite et ouverte ». Cela veut dire, en principe, qu’en évitant le style de la devinette ou de l’énigme, le sujet a la forme d’une question (et non pas d’un problème : c’est-à-dire d’un énoncé comportant des données et une « problématique » ou dispositif théorique déterminant la réponse) s’énonçant en une proposition de forme interrogative, admettant une réponse nette et non induite à l’avance par la question, déterminant donc une discussion et une recherche.

Cette caractérisation semble relever du bon sens. Elle appelle cependant diverses observations : la prescription de formuler directement et explicitement une question interdit en fait de proposer des sujets demandant une définition ou une analyse, la détermination d’une notion par rapport à une autre, ou, plus simplement, relevant de la « question de cours ». Ajoutons que cette forme aboutit souvent, dans un souci de facilité, à donner un tour un peu puéril aux sujets proposés, notamment lorsqu’il est fait usage du pronom personnel je. Enfin, si l’on passe sur le fait qu’une question qui paraît claire à l’examinateur ne l’est pas nécessairement pour le candidat, il faut noter que de ces prescriptions résultent en fait des questions souvent extrêmement indéterminées. Et c’est cela qui égare quelquefois les candidats, ou les effraye : cette forme revient à exclure par principe tout guidage, précisément en excluant toute autre ébauche de consigne ou d’indication sur la manière de comprendre ou d’aborder le sujet, sur l’utilisation possible d’une culture philosophique.

Certes, l’intention de clarté et de simplicité qui conduit à formuler les sujets dans la langue commune est sans doute bonne, mais elle n’exclut pas des effets pervers. L’esprit de l’épreuve est que l’on veut vérifier la capacité du candidat à répondre à une question de philosophie et non l’étendue de sa culture ou sa maîtrise des moyens techniques de cette discipline (raison pour laquelle les sujets sont des questions et non des demandes de définitions, d’analyses, de distinctions, etc.) : s’il n’est pas interdit (et même s’il est recommandé) au candidat de maîtriser ces moyens techniques, de posséder une culture philosophique et d’en faire usage, ce n’est pas là dessus qu’on l’interroge et ce n’est pas cela qui est enseigné, du moins directement. La difficulté est que, sans ces moyens, il reste peu de choses à la plupart des candidats, ce qui explique la pauvreté de bien des copies qui traitent de sujets élevés sans quelquefois disposer des concepts les plus élémentaires. À cet égard, la maîtrise des repères est essentielle, et il faut remarquer que le programme suggère nettement d’en faire usage pour clarifier la formulation des sujets. On peut regretter cependant que l’articulation des sujets proposés et des repères possibles demeure, le plus souvent, implicite. »

État de l’enseignement de la philosophie en 2007-2008

(via Le café pédagogique)

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