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22 juin 2009

De la simplicité

De la simplicité De la simplicité par John Maeda

Compte-rendu

Un livre décevant sans doute dû au fait que je m’attendais à une explication sur la conception (le design) d’objets techniques : au lieu de cela, l’auteur nous présente des principes moraux organisés sous la forme de dix lois. Si nous frôlons parfois le simplisme avec certaines d’entres elles (voir la loi n°2 : avec de l’organisation, un ensemble composé de nombreux éléments semble plus réduit), nous tombons dans la banalité avec d’autres, comme la troisième (optimisez vos temps d’attente !) ou comme la quatrième (la pédagogie, c’est la répétition !). Pas grand chose à retenir de ce livre si ce n’est l’exemple de l’évolution de la position des touches de commandes de l’Ipod (p. 48) et la métaphore du code source comme brouillon d’un logiciel (p. 164).

Un carnet Web prolonge l’ouvrage.

Lire toutes mes critiques.

4 décembre 2004

Parts

Dans son livre Parts publié en 1987, Peter Simons se fixe deux objectifs :

  1. exposer les différentes espèces de méréologie éparpillées dans la tradition philosophique ;
  2. exposer les défauts philosophiques de cette tradition et suggérer quelques solutions à ces défauts.

La théorie formelle des touts et des parties habituelle s'appelle la méréologie extensionnelle classique (MEC). Historiquement, elle a pris deux formes :

  1. le calcul des individus de Leonard et Goodman ;
  2. la Méréologie de Stanislaw Lesniewski.

On peut porter deux critiques contre la MEC :

  1. elle soutient l'existence de certains individus appelés sommes méréologiques pour lesquels l'existence que nous en avons n'est pas évidente en dehors de la théorie elle-même ;
  2. la théorie n'est pas applicable à beaucoup d'objet autour de nous, c'est-à-dire qu'elle a peu d'usage comme reconstruction formelle des concepts de tout et de partie que nous employons actuellement.

On peut avancer deux raisons à ce caractère inapplicable :

  1. la logique sous-jacente à la MEC n'a pas les ressources nécessaires pour traiter les notions de modalité et de temporalité en connection avec la méréologie, comme les parties temporaires, les parties temporelles, les parties essentielles ou les parties permanentes essentielles.

    (Cette raison n'est pas interne à la MEC : on peut envisager de l'étendre pour s'occuper des concepts temporels et modaux)

  2. une raison, interne celle-là, appelée extensionnalité méréologique, c'est-à-dire la thèse selon laquelle les objets qui ont les mêmes parties sont des objets identiques.

En effet, si l'on accepte l'extensionnalité méréologique, on va se trouver confronté à deux problèmes :

  1. certaines choses (comme les êtres humains par exemple) possèdent différentes parties à différents moments du temps : elles sont méréologiquement variables. Or, une chose qui possède différentes parties à différents moments du temps ne peut pas être identique à la somme de ses parties à n'importe quel moment du temps, sinon elle serait différente d'elle-même ;
  2. certaines choses (comme les êtres humains par exemple) peuvent avoir des parties différentes tout en étant la même chose : elles ne sont pas modalement rigides dans leurs parties. Si l'on accepte la thèse selon laquelle des choses qui possèdent les mêmes parties doivent être identiques, alors une chose ne peut pas avoir d'autres parties que celles qu'elle possède actuellement : c'est la thèse de l'essentialisme méréologique, dont le meilleur représentant est Roderick Chisholm.

Quelle stratégie adopter si l'on veut préserver l'extensionnalité face à ces deux problèmes ? On peut en énumérer certaines :

  • réviser la logique de l'identité ;
  • soutenir que les objets ont des parties détachables ;
  • ignorer les questions modales ;
  • soutenir que les objets sont méréologiquement constants ;
  • remplacer les choses (continuants) par des processus (devenants)

La première partie du livre examine ces questions, la seconde traite de la méréologie des continuants et la dernière des relations entre modalités et méréologie à partir de la théorie de Husserl.

7 novembre 2004

À demain le bon sexe

Notes sur l'introduction de La volonté de savoir de Michel Foucault, premier tome de Histoire de la sexualité (réponse faite à une question posée sur fr.sci.philo).

Dans l'introduction intitulée « Nous autres, victoriens », Foucault part d'un constat, celui d'une répression de la sexualité : à une certaine franchise des pratiques sexuelles au XVIIème siècle succède un rapide crépuscule au XIXème

jusqu'aux nuits monotones de la bourgeoisie victorienne. La sexualité est alors soigneusement renfermée. Elle emménage. La famille conjugale la confisque. Et l'absorbe toute entière dans le sérieux de la fonction de reproduire. Autour du sexe, on se tait. Le couple, légitime et créateur, fait la loi. Il s'impose comme modèle, fait valoir la norme, détient la vérité, garde le droit de parler en se réservant le principe du secret. Dans l'espace social, comme au c½ur de chaque maison, un seul lieu de sexualité reconnu, mais utilitaire et fécond : la chambre des parents.

Foucault, La volonté de savoir, 10

La seconde partie du livre — comme son titre l'indique — est consacrée à l'analyse de ce constat, cette « hypothèse répressive ». Cette répression à l'époque puritaine prend trois formes :

  • l'interdiction (la condamnation à disparaître),
  • l'inexistence,
  • le mutisme (l'injonction au silence).

Mais elle est toutefois forcée de faire de la place aux sexualités illégitimes (c'est-à-dire en dehors de la chambre des parents) :

La maison close et la maison de santé seront ces lieux de tolérance : la prostituée, le client et le souteneur, le psychiatre et son hystérique semblent avoir subrepticement fait passer le plaisir qui ne se dit pas dans l'odre des choses qui se comptent ; les mots, les gestes, autorisés alors en sourdine, s'y échangent au prix fort. Là seulement le sexe sauvage aurait droit à des formes de réel, mais bien insularisées, et à des types de discours clandestins, circonscrits, codés.

Foucault, La volonté de savoir, 10

Selon Foucault, on pose cette hypothèse de la répression de la sexualité pour deux motifs. Le premier est un motif économique, il est lié à l'apparition du capitalisme :

Si le sexe est réprimé avec tant de rigueur, c'est qu'il incompatible avec une mise au travail générale et intensive ; à l'époque où on exploite systématiquement la force de travail, pouvait-on tolérer qu'elle aille s'égailler dans les plaisirs, sauf dans ceux, réduits au minimum, qui lui permettent de se reproduire ?

Foucault, La volonté de savoir, 12

Le second est politique, il est lié à la transgression :

Si le sexe est réprimé, c'est-à-dire voué à la prohibition, à l'inexistence et au mutisme, le seul fait d'en parler, et de parler de sa répression, a comme une allure de transgression délibérée.

Foucault, La volonté de savoir, 13

Contre une telle hypothèse, Foucault va soulever trois doutes (page 18) :

  • la répression de la sexualité est-elle une évidence historique ?
  • la mécanique du pouvoir est-elle bien pour l'essentiel de l'ordre de la répression ?
  • le discours critique qui s'adresse à la répression vient-il croiser pour lui barrer la route un mécanisme de pouvoir qui avait fonctionné jusque-là sans contestation ou bien ne fait-il pas partie du même réseau historique que ce qu'il dénonce en l'appelant « répression » ?

Et c'est à partir de ces doutes qu'il va examiner les rapports entre pouvoir, savoir et sexualité :

Le point important sera de savoir sous quelles formes, à travers quels canaux, en se glissant le long de quels discours le pouvoir parvient jusqu'aux conduites les plus ténues et les plus individuelles, quels chemins lui permettent d'atteindre les formes rares ou à peine perceptible du désir, comment il pénètre et contrôle le plaisir quotidien.

Foucault, La volonté de savoir, 20

La suite au prochain numéro.