Varia

Féminisme

Fil des billets

20 avril 2008

La sujetion des femmes

« Dans The subjection of women, Mill se lance dans une entreprise d’exploration et de déconstruction de tous les clichés véhiculés par les hommes à propos de la nature féminine :

- les femmes auraient un cerveau moins performant que celui des hommes, parce que moins gros ;
- si elles avaient pu parvenir au génie, elles l’auraient déjà fait, et on disposerait déjà d’un Shakespeare ou un Michel-Ange féminin : elles sont donc condamnées à un “plafond de verre” de médiocrité artistique ;
- la grandeur de la femme est dans son abnégation, sa douceur, son sens du sacrifice, et elle se doit de nourrir ces vertus, qui lui sont spécifiques, sans se préoccuper de qualités intellectuelles (raisonnement qu’on retrouve peut-être en partie - c’est à voir - chez les théoriciennes de l’éthique du care) ;
- les femmes sont inaptes à gouverner car, trop préoccupées d’intérêts individuels, elles demeurent imperméables aux questions politiques…»

C O L L A G E S

2 mars 2008

Exploration du désir sexuel chez quatre femmes dans une perspective féministe

Afin de nous permettre de réaliser cette étude, il nous était nécessaire d'identifier les courants de pensée féministes pouvant le plus alimenter notre réflexion. Étant donné le caractère varié et multiple des courants, un courant unique ne nous offrait pas de grilles d'analyse complètes nous permettant d'analyser de façon appropriée le désir sexuel des femmes. Nous utiliserons trois d'entre eux afin de soutenir notre réflexion et de nous permettre de dégager une conception féministe du désir sexuel féminin.

Les trois courants de pensée féministes utilisés afin d'alimenter notre étude se retrouvent à l'intérieur de l'essai de typologie réalisé par Déscarries-Bélanger et Roy. Le courant de pensée féministe de la fémelléité, le courant de pensée du féminisme radical matérialiste et celui du féminisme radical de la spécificité ont retenu notre attention par leurs concepts se rattachant l'une à l'identité féminine, l'autre au contrôle social et à l'appropriation du corps de la femme et la dernière au rapport au corps.

Ces trois courants de pensée sont ceux qui semblent nous permettre d'aller le plus loin quant à l'étude de l'oppression des femmes par les aspects de leur sexualité et de leur corps. Le courant de pensée du féminisme de la fémelléité aurait comme revendication principale la réappropriation par les femmes de leur maternité et de leur sexualité. Ce courant de pensée voudrait développer une théorie de la féminité et du féminin du point de vue de l'expérience particulière des femmes. Le courant de pensée du féminisme radical de la spécificité, quant à lui, rejetterait le rapport au corps qui serait défini par les hommes, c'est-à-dire corps objet, et questionnerait le rapport des femmes à la maternité, à la sexualité et à l'amour. Pour sa part, le courant de pensée du féminisme radical matérialiste aurait comme fondement que le corps de la femme serait le lieu du rapport de l'appropriation physique de l'homme sur la femme. Moins axé de prime abord sur la sexualité des femmes, il chercherait à démontrer les manifestations tangibles de contrôle social à l'égard des femmes et comment l'oppression créerait le sexe.

Nathalie Tremblay, Exploration du désir sexuel chez quatre femmes dans une perspective féministe.

9 janvier 2008

Centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir

Sur la réception de l’œuvre

Depuis les années 30, une politique familiale et maternaliste d’une ampleur jamais égalée se construit patiemment en France. Les allocations familiales, l’allocation de salaire unique, les prêts au mariage, le quotient familial et une myriade d’autres mesures tentent de redresser une natalité durablement effondrée. Le baby-boom, exceptionnellement vigoureux, n’apaise pas toutes les craintes et renforce encore l’idéal de la mère au foyer, éducatrice-née d’une famille qu’on espère nombreuse. De la gauche communiste jusqu’à la droite, le natalisme règne en maître sans contestation aucune depuis que les néo-malthusiens, durement censurés, ont disparu de la scène publique. Et voilà que Simone de Beauvoir met en miettes toute cette belle mythologie de la maternité. Elle commence son chapitre « La mère » par un plaidoyer de quinze pages en faveur de l’avortement libre, elle dénie toute existence à l’instinct maternel et finit par dévaloriser brutalement la fonction maternelle qui, selon elle, aliène les femmes. Les chapitres sur « L’initiation sexuelle » et « La lesbienne » attirent tout autant les foudres d’une société puritaine qui n’avait pas encore envisagé l’éducation sexuelle.

Sylvie Chaperon, « Le Deuxième Sexe » en héritage

Un colloque aura lieu à cette occasion. Extrait du programme :

Mercredi 9 janvier 2008

  • Écrire l’intime (1)
    • Claude Lanzmann
    • Barabara Klaw, Simone de Beauvoir, Cousin Jacques du journal intime à l’autobiographie
    • Catherine Viollet, « Mon amour pour vous, c’est l’ordre en moi » « Correspondance avec Violette Leduc, 1945-1972 »
  • Écrire l’intime (2)
    • Hazel Rowley, Monsters or Models? Simone de Beauvoir’s pact with Sartre
    • Geneviève Brisac, Simone de Beauvoir : « En temps réel ». Une écriture de l’instantané
    • Deirdre Bair, Seeing it Now: Simone de Beauvoir’s “Truth of the Story”
  • Écrire l’intime (3)
  • Écrire l’intime (4)
    • Sheila Malovany-Chevallier et Constance Borde, Living « Le Deuxième sexe » : expériences de traduction
    • Judith Klein, Présence de la philosophie dans les écrits posthumes (« Journal de guerre » ; « Lettres à Sartre » ; « Lettres à Nelson Algren ») de Simone de Beauvoir
    • Anastassia Arnold, The Pain-Trap - Simone de Beauvoir and Nelson Algren - an anatomy of love
    • Philippe Sollers, Les amours de Beauvoir

Jeudi 10 janvier 2008

  • Beauvoir philosophe (1)
    • Michel Kail, Simone de Beauvoir et l’enjeu de l’altérité
    • Nancy Bauer, Self-Objectification
    • Martine Reid, Anatomie d’une réception : « Le Deuxième sexe »
    • Margaret Simons, From Solipsism to Solidarity: Beauvoir’s Wartime Philosophy
  • Beauvoir philosophe (2)
    • Christine Daigle, Beauvoir philosophe : pour une phénoménologie de l’ambiguïté
    • David Risse, Philosophie beauvoirienne de la sexualité ? Ambiguïtés sexuelles pour une morale existentialiste
    • Sonia Kruks, Pour une politique de l’ambiguïté
    • Enza Biagini, La mort donnée : « Les Bouches inutiles », de Simone de Beauvoir
  • Atelier 1 : la cause des femmes
    • Annabelle Golay, « Ça m’atteignait », ou quand l’affect est politique (Beauvoir et l’Algérie, 1957-1963)
    • Chet Franch, Simone de Beauvoir’s «The Second Sex»: Naissance or Renaissance in South Africa?
    • Annlaug Bjorsnos, Femmes du Nord et femmes du Sud : dialogue ou guerre idéologique ? L’apport du « Deuxième sexe » à un débat d’actualité
    • Yan Hamel, Entre tourisme et engagement : autour de L’Amérique au jour le jour
    • Maria Menagaki, L’impact du « Deuxième sexe » en Grèce : un aspect inédit
  • Atelier 2 : Beauvoir philosophe
    • Cécile Decousu, La philosophie du « Deuxième sexe ». Cohérence du projet beauvoirien et au-delà
    • Pierre Bras, Pour une philosophie du droit beauvoirienne
    • Tove Petterson, Existential Joy in Beauvoir’s moral philosophy
    • Philippe Cabestan, Simone de Beauvoir et l’énigme de la différence sexuelle
    • Eric Levéel, Le tout voir beauvoirien ou pour une philosophie des voyages
  • Atelier 3 : Écrire l’intime
    • V.H. Alvarez, Simone de Beauvoir : deux points pour une ouverture graphique sur la vie
    • Emmanuel Leclercq, Simone de Beauvoir et le cinéma : les réciprocités inabouties ?
    • Eliana Calado, La construction de l’identité dans « Mémoires d’une jeune fille rangée »
    • Sylviane Saugues, L’incipit du manuscrit des « Mémoires d’une jeune fille rangée »
    • Anne Strasser, Les figures du « Je » ou la question de l’identité dans les écrits autobiographiques de Simone de Beauvoir
  • Atelier 4 : Beauvoir romancière
    • Carolle Gagnon, Survie et amour accompli dans « Les Mandarins » : une interprétation sémiotique de la lumière dans la rencontre d’Anne et de Lewis à Chicago
    • Triantafyllia Kadoglou, « Les Mandarins » : Un témoignage sociopolitique de signification universelle
    • Ayse Kiran, Les belles images françaises des années soixante
    • Tiphaine Martin, « Le Deuxième Sexe » et « La Femme rompue  » : une écriture parallèle ?
    • Ann-Sofie Persson, De la narration du spectacle au spectacle de la narration : « L’invitée » de Simone de Beauvoir
    • Thomas Stauder, Simone de Beauvoir et ses héritières : Une comparaison entre « L’invitée » (1943) et « Castillos de cartón  » (2004) de Almudena Grandes
  • “Portrait croisé de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre” en présence de Madeleine Gobeil :
    • Un dossier des Archives de Radio-Canada, réalisé en 1967 par Max Cacopardo, 39 min, avec la participation de Madeleine Gobeil et Claude Lanzmann, journalistes.

Vendredi 11 janvier 2008

  • “La cause des femmes (présidé par Francis Marmande)
    • Liliane Lazar, Le combat de Simone de Beauvoir contre l’antisémitisme
    • Asa Moberg, An overview of how « Le Deuxième sexe  » has been mistreated and shortened in different translations
    • Annie Sugier, Témoignage : Avec Simone de Beauvoir, nos chemins se sont croisés
    • Elizabeth Fallaize, Le temps des femmes : Simone de Beauvoir et la femme indépendante
    • Claire Etcherelli, Témoignage : « 25 ans en compagnie de Simone de Beauvoir »
  • Deux tables rondes
    • Beauvoir romancière (1)
      • Gérard Bonal, Simone de Beauvoir - Colette : une rencontre inattendue
      • Dominique Desanti et Danièle Fleury, A propos des « Bouches inutiles »
      • Donovan Miyasaki, Political Violence as Mauvaise Foi in « Le Sang des autres »
    • Beauvoir romancière (2)
      • Adelaïde Mokry, Le double « je » des « Mandarins » : Beauvoir et le masque du masculin
      • Alison Holland, La voix chancelante dans le monologue intérieur de Anne, dans « Les Mandarins » de Simone de Beauvoir
      • Björn Larssonn, Simone de Beauvoir vingt ans après
      • Valérie Stemmer, « L’Invitée », « une frivole histoire d’amour »

Une photo

Art Shay,  « Simone de Beauvoir in Chicago », 1952

Art Shay, Simone de Beauvoir in Chicago, 1952.

Sans doute une Phryné ne craint pas les regards, elle se dénude au contraire avec superbe : sa beauté l’habille

Une citation

« « On ne naît pas femme, on le devient » : je reprends à mon compte cette formule qui exprime une des idées directrices du Deuxième Sexe. Certes, il existe entre la femelle humaine et le mâle des différences génétiques, endocriniennes, anatomiques : elles ne suffisent pas à définir la féminité ; celle-ci est une construction culturelle et non une donnée naturelle : le scientisme fumeux de Mme Lilar n’a pas entamé cette conviction. Elle est au contraire fortifiée par les études de plus en plus poussées qui ont été consacrées à l’enfance pendant ces derniers années ; toutes prouvent que ma thèse est exacte et demanderait seulement à être complétée : « On ne naît pas mâle, on le devient ». La virilité non plus n’est pas donnée au départ. »

Simone de Beauvoir, Tout compte fait.

5 janvier 2008

Chrēsis

Comment prendre son plaisir « comme il faut » ? À quel type principe se référer pour modérer, limiter, régler cette activité ? Quel type de validité reconnaître à ces principes, qui puisse justifier qu'on ait à s'y plier ? Ou, en d'autres termes, quel est le mode d'assujettissement qui est impliqué dans cette problématisation morale de la conduite sexuelle ?

La réflexion morale sur les aphrodisia tend beaucoup moins à établir un code systématique qui fixerait la forme canonique des actes sexuels, tracerait la frontière des interdits et distribuerait les pratiques de part et d'autre d'une ligne de partage qu'à élaborer les conditions et les modalités d'un « usage » : le style de ce que les Grecs appelaient la chrēsis aphrodisiōn, l'usage des plaisirs. L'expression courante chrēsis aphrodisiōn se rapporte, d'une façon générale, à l'activité sexuelle (...). Mais le terme se rapporte aussi à la manière dont un individu mène son activité sexuelle, sa façon de se conduire dans cet ordre de choses, le régime qu'il se permet ou s'impose, les conditions dans lesquelles il effectue les actes sexuels, la part qu'il leur fait dans sa vie.

Foucault, Histoire de la sexualité, volume 2, L'usage des plaisirs.

4 janvier 2008

Éducation sexuelle

À partir de 1986, l’épidémie du sida va bouleverser l’approche et les représentations de la sexualité de notre société. Quoique, là encore, un cadre institutionnel diversifié ait permis d’organiser de multiples actions de prévention, celles-ci restaient principalement axées sur l’information, ou la prophylaxie et reposaient toujours sur la libre initiative.

(...)

La principale évolution marquée par ces dispositions législatives est la généralisation de l’éducation à la sexualité rendue obligatoire aux trois niveaux de scolarité, qui se sont traduites par la circulaire d’application du 17 février 2003.
Les difficultés rencontrées par l’institution pour passer d’une information scientifique à une éducation à la sexualité en milieu scolaire sont liées aussi bien à l’évolution du concept même de sexualité, qu’au caractère privé de la sexualité et aux valeurs familiales et culturelles qui la sous-tendent, et qui posent la question de la légitimité et des limites du rôle de l’école dans ce domaine.

L’éducation à la sexualité au collège et au lycée. Guide du formateur, pp. 22-23 (fichier PDF)

Voir aussi :

←  - page 2 de 5 -