Varia

Édition

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9 mai 2011

À propos du premier livre de Gracq

Corti parle de sa honte et de sa gêne à en faire la demande à Gracq :

« J’attendais un grand livre ; le hasard – mais ce n’était pas le hasard – me l’envoyait. Allais-je devoir le refuser, comme je sus plus tard que Gallimard avait fait ? Retourner ce manuscrit, c’était ce qu’il m’était impossible même de concevoir. Comment concilier ces contraires ? J’étais sans argent liquide en raison de mon usage de payer comptant mes dépenses (ce qui, diront tous les commerçants, est une espèce d’hérésie et qui ne donne pas une haute idée de mon aptitude aux affaires) et j’avais, de surcroît, quelques engagements. Bref, pris entre mon désir de publier ce livre et mon impossibilité de le pouvoir, j’écrivis à l’auteur une lettre qui me coûta beaucoup. S’il allait me prendre pour un marchand de papier imprimé ! Pouvait-il accepter, contre des droits raisonnables, de participer aux frais de l’édition ? Quels jours de crainte n’ai-je pas vécus en attendant sa réponse ? Moins de passion m’aurait laissé plus de clairvoyance, et même sans rien savoir de la situation aisée de l’auteur, me l’aurait fait attendre avec plus de confiance. J’aurais deviné ou compris que ce n’était pas le dépit d’avoir échoué à la N.R.F. qui l’avait conduit chez moi, mais bien, passé le moment de fascination de la grande maison, l’attraction de ma boutique où régnait un « certain esprit ». Elle était le pôle d’un nouveau mode de penser et toute une jeunesse était aimantée à ce pôle. J’étais les Éditions surréalistes ; personne qui en avait suivi la production ne pouvait ignorer mon nom, dont André Breton a écrit qu’il est « intimement lié au Devenir Surréaliste ». Alors, je ne faisais pas ces réflexions ; j’étais dans la fièvre. J’attendais cette réponse. Elle me parvint, et même assez rapidement, sous la forme d’un court billet. C’était une acceptation. Quelques jours plus tard, je recevais sept mille cinq cents francs. Le livre allait m’en coûter onze ou douze mille, mais régler la différence ne m’était pas très pesant.

Souvenirs

Numérique et qualité littéraire

« La spécificité du numérique vient jouer ici : dans les projets d’écriture qui émergent, que nous les recevions ou les suscitions, la dimension technique vient dès l’amont. Coder un système de navigation intra-textuel, insérer un javascript, jouer de l’insertion de fichiers audio, fait que nos camarades codeurs vont être sollicités dès la première étape éditoriale, là où dans l’édition classique on aurait bouclé le projet éditorial avant de le passer à “la fab”. Mais, quitte à me répéter : je vois l’étage et le poumon de la création dans les blogs. Le livre numérique, c’est un état plus stable et dense, compatible avec portage multi-appareils, et installation dans un système de validation et recommandation, de ce qui se cherche et s’invente dans l’écriture web. C’est dans cette complémentarité, et non dans le livre numérique seul, que nous trouvons notre centre de gravité. »

Numérique et qualité littéraire

31 décembre 2010

Vivre comme Balzac

Discussion remarquable sur tiers livre à partir de Balzac :

« Ce qui mériterait une approche révisée, c’est comment, dès la possibilité de commercialiser ses écrits – pour lui qui vitalement a besoin de vivre de sa plume (expression dont il est bien surprenant qu’elle soit devenue cliché jusqu’à nous), invente un auteur lié à la fonction précise de ces écrits, donc l’écosystème de leur dispositif de lecture (comment, quoi et où lisent les personnes qui rémunèrent leur lecture), et des formes narratives qui découlent de cette adéquation – la Cousine Bette et les textes ultimes de Balzac seront peut-être les seuls, depuis le Cromwell de 1820, à ne pas avoir cherché intentionnellement à correspondre à cette supposée demande du lectorat, même si évidemment rien n’est si schématique avec l’auteur de Louis Lambert, sinon il ne serait pas notre Balzac. »

Commentaire de Pierre Ménard citant Xavie Cazin (je graisse) :

« Comme le faisait remarquer récemment à juste titre Xavier Cazin d’Immatériel : « Sans doute faudrait-il garder à l’esprit que les fichiers ne sont qu’un pis aller de l’édition numérique. L’horizon, c’est l’œuvre Web. Il est bien sûr logique que les éditeurs proposent des fichiers pour encore quelque temps, puisque c’est la seule chose à laquelle les libraires acceptent de revendre des accès, mais le multimédia et l’enrichi, c’est sur le Web que ça se passe en priorité, où d’ailleurs ça fait longtemps qu’on ne se pose plus la question de l’encombrement, ni même de la compatibilité. » »

Karl Dubost ouvre d’autres sentiers :

« Dans les questions que je posais (qui n’ont pas forcément de réponses), je me demandais sûrement un peu naïvement quelles sont les possibilités pour les auteurs de pouvoir vivre passionnément tout en continuant leur écriture. La mythologie de l’écrivain insiste aujourd’hui sur la vente du contenu (un livre) dont la valeur (monétaire) de la possession est en cours d’explosion. Je le répète (trop souvent), on achète pour l’instant un objet physique, pas un temps de lecture. On achète le livre, on le stocke, et on le lit éventuellement. (Question soudaine qui s’intercale - Combien de livres dans les bibliothèques n’ont jamais été empruntés, ou une fois par an, une fois tous les 5 ans, etc.) La salle de cinéma est différente, on achète du temps devant un film (une expérience). Le DVD on achète un objet, même chose que le livre. Cependant le réseau distribué et connecté et la numérisation du contenu change complètement la donne. De l’acte d’acheter la propriété d’un objet, on passe aux droits d’accès à un objet, puis à un contenu uniquement. Sauf que tout droit d’accès numérique est une barrière en paille dans le torrent. L’eau coule autour. Il est impossible de vraiment le contrôler. »

30 décembre 2010

Pour que vivent les Éditions de l'éclat

Les Édition de l’éclat lance un appel à ses clients. Comment le promoteur du Lyber a-t-il pu en arriver là ? Je suis surpris qu’il évoque Internet comme la cause de difficultés financières.

Bien longtemps que je n’ai pas acheté de livres chez l’éditeur, le dernier remontant à David Lewis, De la pluralité des mondes Maurizio Ferraris, Goodbye, Kant !. Mes lecteurs peuvent aller faire un tour sur la collection philosophie « tiré à part ».

« Bonjour,

En 1993, L’éclat était en très mauvaise posture, et nous avions fait appel à la communauté des lecteurs pour nous permettre de nous en sortir.

Une lettre de papier et d’encre fut envoyée aux 3000 adresses de notre fichier, demandant à ce que chacune des personnes inscrites achète au moins pour 100 francs (15 euros) de livres de manière à recapitaliser la maison d’édition.

Notre appel fut entendu au-delà de nos espérances et nous vendîmes alors pour 134000 francs (20 428 euros) de livres en quelques mois.

Ainsi L’éclat fut sauvé par ses livres et par ses lecteurs !

Aujourd’hui, nous devons faire face à des nouvelles difficultés qui nous contraignent à faire appel à vous une nouvelle fois, puisque comme nous l’a dit notre ancienne conseillère BNP-Paribas (avant que nous ne changions de banque !) : “L’édition n’est plus un secteur que nous entendons soutenir.” (C’était quelques mois après le sauvetage des mêmes banques par l’État !)

L’internet remplace l’encre et le papier, et 100 euros d’achat de livres (au lieu des 100 anciens-nouveaux-francs) par chacun de vous pourraient nous permettre de nous en sortir et de poursuivre notre travail.

Sans votre aide, il n’est pas sûr que nous puissions décemment continuer l’aventure.

Dans les quelques 300 titres du catalogue, nous espérons que vous trouverez des livres à lire, à offrir, ou à acheter pour les lire plus tard.

Vous trouverez sur le site le catalogue complet au format PDF et de nombreuses informations sur les livres eux-mêmes (chapitres, lybers, tables des matières, etc.)

Pour commander, merci de vous reporter à la page commande.

Une page consacrée aux “Beaux livres” est également en ligne. Vous y découvrirez des suggestions de cadeaux pour les fêtes qui approchent.

Nous espérons pouvoir poursuivre grâce à vous et pour vous, un travail commencé il y a 25 ans et continuer à vous donner à lire quelques “pierres angulaires” d’un monde aux fondations incertaines.

Nous vous tiendrons informés au début de 2011 des résultats de cet “appel”.

Merci de votre soutien et de votre fidélité, pour que vivent les Éditions de l’éclat. »

15 décembre 2010

Éric Hazan, éditeur subversif

« Je ne fais pas de la résistance, car la résistance voudrait dire que l’on est en train d’être battus. Or, la bataille n’est pas livrée. Je préfère parler d’autodéfense  »

Éric Hazan, éditeur « subversif » en pleine « guerre civile »

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